Depuis
sa parution
en 1949, l'essai
de Simone
de Beauvoir
sur la condition
féminine
n'a pas cessé
d'être
commenté,
admiré,
caricaturé,
critiqué,
notamment
autour de
la célèbre
phrase: "On
ne naît
pas femme,
on le devient."
Pour
la plupart
des féministes
contemporaines,
l'importance
du Deuxième
Sexe
en tant qu'oeuvre
fondatrice
ne fait pas
de doute.
La déconstruction
du mythe de
l'Éternel
féminin
menée
par Simone
de Beauvoir
et sa théorie
de l'oppression
des femmes
ont changé
radicalement
notre façon
de concevoir
le monde.
À
l'aube du
21e siècle,
et à
mesure qu'on
le redécouvre,
on s'aperçoit
que l'héritage
de Simone
de Beauvoir
— même
lorsqu'il
s'agit de
le contester
— demeure
d'une richesse
infinie pour
nous aider
à penser
un nouveau
rapport entre
les sexes.
Un
tournant dans
l'histoire
des idées
Dès
sa sortie
en 1949, Le
Deuxième
Sexe
"fait
bruyamment
parler de
lui"
("Simone
de Beauvoir,
cinquante
ans après;
Le deuxième
sexe en héritage",
Le Monde Diplomatique,
janvier 1999,
p. 27), écrit
Sylvie Chaperon.
Jamais un
livre écrit
par une femme
sur les femmes
n'aura suscité
autant de
débats
passionnés.
Le scandale
provoqué
par sa publication
lui assure
un succès
immédiat.
Vendu à
plus de vingt
mille exemplaires
dès
la première
semaine, très
vite traduit,
le livre entame
une brillante
carrière
parmi des
millions de
lectrices
occidentales.
Cinquante
ans plus tard,
en 1999, un
colloque international
organisé
à Paris
pour souligner
l'anniversaire
de l'oeuvre
permettait
de prendre
la mesure
de l'intérêt
que suscite
encore Le
Deuxième
Sexe:
quelque 130
universitaires
de 37 pays
(incluant
l'Iran) et
représentant
plusieurs
générations
ont assisté
à cette
rencontre.
À
l'époque
où
Simone de
Beauvoir publie
Le Deuxième
Sexe,
le sujet de
l'oppression
des femmes
était,
c'est le moins
qu'on puisse
dire, oublié
des discours
politiques
dominants,
plus accessoire
encore que
les problèmes
de colonialisme
et de racisme.
"Bien
avant l'apparition
du mouvement
des femmes,
elle a relevé
dans Le
Deuxième
Sexe
toutes les
questions
que les féministes
d'aujourd'hui
s'efforcent
encore de
résoudre.
Ce livre a
littéralement
transformé
l'existence
de milliers
de femmes:
je ne vois
aucun livre
qui ait eu
un tel impact
au cours de
ce siècle.",
écrit
la féministe
d'origine
norvégienne
Toril Moi,
qui a consacré
une étude
à Simone
de Beauvoir
(Simone de
Beauvoir,
conflits d'une
intellectuelle,
p. 5).
"L'introduction
du Deuxième
Sexe
a beau être
une vraie
analyse conceptuelle,
et une analyse
bien plus
réfléchie
que les trois
quarts de
ce qui, au
vingtième
siècle,
se donne pour
de la philosophie,
il reste que
Simone de
Beauvoir n'a
pas cherché
à la
faire reconnaître
comme telle"
(L'Étude
et le Rouet,
p. 156), souligne
pour sa part
la philosophe
Michèle
Le Doeuff,
dans l'étude
qu'elle a
elle-même
dédiée
à Simone
de Beauvoir.
Pour Michèle
Le Doeuff,
il est clair
que si Simone
de Beauvoir
a renoncé
ouvertement
à la
position de
philosophe
pour laisser
la place à
Sartre, cela
ne l'a pas
empêchée
de faire de
la philosophie
et même
de bâtir
une oeuvre
qui, en décrivant
l'oppression
des femmes,
modifie la
pensée
sartrienne.
Depuis
la parution
du Deuxième
Sexe,
les femmes
ont fait des
pas énormes.
Mais lorsqu'on
observe la
situation
des femmes
de plus près,
autant dans
les pays favorisés
que dans les
régions
les plus pauvres,
on s'aperçoit
qu'il reste
un long chemin
à parcourir
avant qu'un
rapport véritablement
égalitaire
ne soit établi
entre les
sexes. Encore
aujourd'hui,
les femmes
portent un
fardeau plus
lourd en ce
qui concerne
les tâches
quotidiennes
reliées
à la
famille, elles
vivent une
pauvreté
plus grande
que les hommes
dans tous
les pays et
elles sont
sous-représentées
dans la vie
politique.
L'emprise
du système
patriarcal
est puissante.
D'ailleurs,
rappelle Pierre
Bourdieu,
"il n'est
sans doute
pas d'illustration
plus accomplie
de la violence
symbolique
qui est constitutive
de la relation
traditionelle
patriarcale
entre les
sexes que
le fait qu'elle
[Simone de
Beauvoir]
n'appliquera
jamais à
sa relation
avec Sartre
son analyse
du rapport
entre les
hommes et
les femmes."
(Préface
à Toril
Moi, Simone
de Beauvoir,
conflits d'une
intellectuelle)
La
longévité
exceptionnelle
du Deuxième
Sexe
ne signifie
pas consensus.
Depuis sa
parution,
le livre donne
lieu à
des clivages
irréductibles.
"Peu
ou prou, partisans
et adversaires
se situent,
génération
après
génération,
de part et
d'autre des
mêmes
lignes de
fracture.
Pour les supporteurs,
les différences
qui existent
entre les
sexes viennent
de l'oppression
subie par
les femmes;
les opposants,
eux, en tiennent
pour une nature
féminine
différente,
dont les sociétés,
trop masculines,
feraient bien
de s'inspirer.
Laïques
contre catholiques
dans les années
50, partisanes
de l'égalité
contre tenantes
de la différence
ensuite, féministes
contre postmodernistes
plus récemment,
les débats
continuent,
rythmés
par les flux
et reflux
des mouvements
sociaux"
("Simone
de Beauvoir,
cinquante
ans après;
Le deuxième
sexe en héritage",
Le Monde Diplomatique,
janvier 1999,
p. 27), écrit
Sylvie Chaperon,
une autre
auteure qui
s'est penchée
sur Simone
de Beauvoir
(Les années
Beauvoir:
1945-1970,
Fayard, Paris,
2000).
Éléments
biographiques
Simone
de Beauvoir
est née
à Paris
en 1908. Elle
fait ses études
jusqu'au baccalauréat
au très
catholique
Cours Désir.
Préparant
l'agrégation,
elle étudie
la philosophie
à la
Sorbonne,
où
elle fait
la connaissance
de Jean-Paul
Sartre en
1929. Cette
rencontre
déterminante
est suivie
d'une séparation
due à
des nominations
à Marseille
et à
Rouen. Elle
ne revient
à Paris
comme professeur
de philosophie
au lycée
Molière
qu'en 1936.
Elle quitte
l'enseignement
en 1943 et
publie un
premier roman,
l'Invitée.
À partir
de 1947, elle
voyage aux
États-Unis,
où
elle rencontre
Algren, en
Afrique et
en Europe.
Elle reçoit
le prix Goncourt
en 1954 pour
les Mandarins.
Son
œuvre
théorique
(Pyrrhus
et Cinéas,
1944; Pour
une Morale
de l'Ambiguïté,
1947; L'Amérique
au jour le
jour,
1948; L'Existentialisme
et la Sagesse
des Nations,
1948; Le
Deuxième
Sexe,
1949; La
Longue Marche,
1957; Djamila
Boupacha,
en collaboration
avec Gisèle
Halimi; La
Femme Rompue,
1967;
La Vieillesse
(1970); Tout
Compte Fait,
1972; Faut-il
Brûler
Sade?,
1972) couvre
plusieurs
domaines.
Dans chaque
ouvrage, elle
multiplie
les exemples
concrets,
empruntés
aussi bien
à sa
vie qu'à
la littérature.
Cette volonté
d'enraciner
pensée
et projets
dans le vécu
est aussi
présente
dans son autobiographie
(Mémoires
d'une Jeune
Fille Rangée,1958;
La Force
des Choses,
1963; La
Force de l'Âge,
1971).
Simone
de Beauvoir
a milité,
aux côtés
de Sartre,
pour les causes
vietnamienne
et algérienne.
Toute sa vie,
elle continue
à voyager,
en Chine (1955),
à Cuba
et au Brésil
(1960), en
Union soviétique
(1962), tout
en poursuivant
la rédaction
de ses mémoires.
L'une des
premières
à avoir
prôné
la légalisation
de l'avortement,
elle réaffirme
sa prise de
position en
s'associant
au bouillonnant
MLF au début
des années
70. Elle marche
en tête
des manifestations,
signe le manifeste
des "343
salopes"
qui déclarent
avoir avorté,
témoigne
au procès
de Bobigny,
crée
une chronique
sur le "sexisme
ordinaire"
dans Les Temps
modernes et
n'hésite
pas à
mettre sa
notoriété
au service
de la cause
en fondant
ou présidant
diverses associations,
dont La Ligue
du droit des
femmes.
Simone
de Beauvoir
est morte
à Paris
en 1986.
Le
Deuxième
Sexe et sa
réception
Selon
son propre
aveu, Simone
de Beauvoir
n'était
pas "naturellement
portée
à parler
de l'oppression
des femmes",
ne l'ayant
pas connue
elle-même.
En revanche,
elle était
tentée
par un projet
autobiographique.
À Sartre,
qui l'incite
à se
poser d'abord
la question:
qu'a signifié
le fait d'être
une femme?
elle répond:
"Rien.
Ça
n'a pour ainsi
dire pas compté."
Puis elle
commence à
réfléchir.
Comme le rappelle
Mona Ozouf:
"Elle
(...) vole
de surprise
en surprise
- la première,
la plus forte,
est de découvrir
que toute
femme qui
entame son
autoportrait
doit commencer
par ce truisme:
"Je suis
une femme",
alors qu'un
homme peut
paisiblement
passer outre.
À mesure
qu'elle progresse
dans ses lectures
se modifie
aussi, car
elle ne fait
rien à
moitié,
sa vision
du monde.
De tout cela
elle émerge
avec ce monument,
à travers
lequel le
monde entier
va la juger,
et qui confirme
paradoxalement
le "rien"
dont elle
était
étourdiment
partie. Être
femme, ce
n'est rien,
en effet,
ni essence
ni destin.
Mais, pour
la grande
majorité
des femmes,
ce rien est
tout, et voilà
de quoi justifier
huit cent
pages."
(Les Mots
des femmes,
Mona Ozouf,
citée
par Josyane
Savigneau,
"1949,
la révolution
du Deuxième
Sexe",
Le Monde,
19 janvier
1999, p. 30)
Aujourd'hui,
"dans
la passion
grandissante
de la société
pour le zapping
et les "petites
phrases",
on a peut-être
tendance à
oublier qu'il
s'agit là
d'un énorme
travail, écrit
Josyane Savigneau
dans Le Monde,
d'une considérable
enquête
(comme Beauvoir
le fera plus
tard sur la
vieillesse),
minutieuse,
structurée,
pensée,
en plusieurs
grandes parties:
Destin, Histoire,
Mythes, Formation,
Situation,
Justifications,
Vers la libération."
("1949,
la révolution
du Deuxième
Sexe",
Le Monde,
19 janvier
1999, p. 30)
Le
premier tome
du Deuxième
Sexe
brosse un
tableau du
rôle
de la femme
à partir
des mythes
entretenus
notamment
par la littérature:
elle décortique
la représentation
de la féminité
dans les oeuvres
de Montherlant,
de Claudel
et de Lawrence.
Simone de
Beauvoir met
en lumière
la dualité
de la femme,
partagée
entre le rôle
traditionnel
d'épouse
et de mère
et celui,
pas nécessairement
plus libérateur
(car tout
aussi artificiel),
de maîtresse,
égérie
ou muse de
l'homme. La
femme, au
stade particulier
de l'évolution
historique
dans lequel
elle écrit,
ne se définit
encore que
par rapport
à l'homme.
Elle est l'Autre.
"Avec
Le Deuxième
Sexe,
écrit
Toril Moi,
Simone de
Beauvoir pose
une théorie
de la différence
des sexes
radicalement
neuve: la
théorie
selon laquelle
"la contradiction
spécifique
de la condition
des femmes
se situe dans
le conflit
entre leur
statut d'êtres
humains libres
et autonomes
et le fait
qu'elles soient
socialisées
dans un monde
où
les hommes
les définissent
en bloc comme
l'Autre."
Le
deuxième
tome vise
plutôt
à définir
la condition
féminine
en se fondant
sur l'analyse
des faits
et la situation
réelle
des femmes:
la femme mariée,
la mère,
la prostituée,
la lesbienne,
etc. Simone
de Beauvoir
montre ainsi
que l'Éternel
féminin
est une mythologie
issue d'une
situation
inégalitaire,
un instrument
au service
de l'oppression
masculine,
qui n'a d'autre
fondement
que cette
domination.
"Opposant
l'essence
figée
du mythe de
la féminité
à la
diversité
des conditions
réelles
de vie des
femmes, Beauvoir
cherche à
démasquer
le caractère
fictif de
la pensée
patriarcale.
Ce projet
polémique
fournit également
la structure
d'ensemble
du Deuxième
Sexe,
dans lequel
les mythes
patriarcaux
du premier
volume sont
délibérément
et de façon
provocante
mis en balance
avec les "expériences
vécues"
des femmes
décrites
dans le second."
(Simone de
Beauvoir,
conflits d'une
intellectuelle,
p. 306)
Pour
comprendre
le scandale
créé
par la publication
du livre,
en 1949, il
faut savoir
que "depuis
les années
30, une politique
familiale
et maternaliste
d'une ampleur
jamais égalée
se construit
patiemment
en France.
Les allocations
familiales,
l'allocation
de salaire
unique, les
prêts
au mariage,
le quotient
familial et
une myriade
d'autres mesures
tentent de
redresser
une natalité
durablement
effondrée.
Le baby boom,
exceptionnellement
vigoureux,
n'apaise pas
toutes les
craintes et
renforce encore
l'idéal
de la mère
au foyer,
éducatrice-née
d'une famille
qu'on espère
nombreuse.
De la gauche
communiste
jusqu'à
la droite,
le natalisme
règne
en maître..."
Or, Simone
de Beauvoir
"commence
son chapitre
sur "La
mère"
par un plaidoyer
de 15 pages
en faveur
de l'avortement
libre, elle
dénie
toute existence
à l'instinct
maternel et
finit par
dévaloriser
brutalement
la fonction
maternelle
qui, selon
elle, aliène
les femmes."
("Simone
de Beauvoir,
cinquante
ans après;
Le deuxième
sexe en héritage",
Le Monde Diplomatique,
janvier 1999,
p. 27). Les
chapitres
sur "L'initiation
sexuelle"
et "La
Lesbienne"
ont aussi
de quoi choquer.
Car Simone
de Beauvoir
ose décrire,
sans euphémisme,
la sexualité
des femmes.
Elle parle
du vagin,
du clitoris,
des règles,
du plaisir
féminin.
"Le
titre, pour
l'époque,
était
osé.
Pour ma génération,
extrêmement
refoulée,
ce livre qui
parlait ouvertement
du corps,
du sexe en
particulier,
qui prenait
la femme comme
telle en considération,
était
un livre quasiment
interdit",
raconte la
philosophe
française
Sarah Kofman
dans un entretien
accordé
en 1993 à
Catherine
Rodgers. "On
le lisait
en cachette.
À l'époque,
"sexe"
me frappait
plus que "deuxième".
Maintenant,
c'est "deuxième"
qui m'intéresse."
(Le Deuxième
Sexe de Simone
de Beauvoir,
un héritage
admiré
et contesté,
p. 176)
En
1949, lorsque
paraissent
les premiers
chapitres
du livre dans
Les Temps
Modernes,
les réactions
ne se font
pas attendre.
"François
Mauriac demande
à la
"une"
du Figaro
si "L'initiation
sexuelle de
la femme est
à sa
place au sommaire
d'une grave
revue littéraire
et philosophique".
Les communistes
ne sont pas
en reste:
Jean Kappa,
ancien élève
de Sartre
devenu le
directeur
de La Nouvelle
Critique,
dénonce
"la basse
description
graveleuse,
l'ordure qui
soulève
le coeur".
D'article
en article,
Le Deuxième
Sexe
devient un
"manuel
d'égoïsme
érotique",
un manifeste
d'"égotisme
sexuel",
on se scandalise
des "hardiesses
pornographiques"
qu'il contient,
et son auteure
est qualifiée
de "suffragette
de la sexualité"
ou d'"amazone
existentialiste"."
("Simone
de Beauvoir,
cinquante
ans après;
Le deuxième
sexe en héritage",
Le Monde Diplomatique,
janvier 1999,
p. 27)
Il
faut dire
aussi que
Sartre est
alors au faîte
de sa gloire
et que selon
l'usage patriarcal,
Simone de
Beauvoir est
d'abord perçue
comme la compagne
de Jean-Paul:
des journalistes
la surnomment
"Notre-Dame-de-Sartre"
ou la "Grande
Sartreuse".
Selon Sylvie
Chaperon,
"la violence
de la polémique
tient aussi
à la
guerre froide
qui déchire
alors les
milieux culturels.
Sartre et
Les Temps
modernes,
qui ont choisi
le non-alignement,
essuient les
feux nourris
des deux camps
rivaux, réunis
dans l'hallali
contre Le
Deuxième
Sexe."
("Simone
de Beauvoir,
cinquante
ans après;
Le deuxième
sexe en héritage",
Le Monde Diplomatique,
janvier 1999,
p. 27)
Avec
l'apaisement
de la guerre
froide et
le Goncourt,
décerné
en 1954 aux
Mandarins,
Simone de
Beauvoir retrouve
bonne presse.
Ses Mémoires
rencontrent
un public
fidèle
et assurent
une durable
notoriété
au Deuxième
Sexe. "L'influence
de l'oeuvre
déborde
précocement
et largement
les frontières
hexagonales.
Traduite en
allemand dès
1951, en anglais
et en japonais
dès
1953, ces
nouvelles
versions commencent
chacune leur
trajectoire
propre. [...]
Ailleurs,
les réactions
sont très
diverses.
L'enthousiasme
domine en
Suisse, où
les femmes
n'avaient
toujours pas
le droit de
vote, mais
la discrétion
est de règle
dans le très
catholique
Québec
de l'époque,
soumis à
l'index. Dans
l'Amérique
du sénateur
McCarthy,
lecteurs et
lectrices
sont mis en
garde par
de sévères
critiques.
Dans l'Espagne
de Franco,
où
circule depuis
1962 la traduction
venue d'Argentine,
ils prennent
le risque
de la clandestinité.
Ailleurs,
en Russie
ou en Allemagne
de l'Est,
il leur faudra
attendre la
chute des
régimes
communistes
pour disposer
d'une traduction."
("Simone
de Beauvoir,
cinquante
ans après;
Le deuxième
sexe en héritage",
Le Monde Diplomatique,
janvier 1999,
p. 27)
Lors
du colloque
de Paris sur
Simone de
Beauvoir,
la présentation
de la sociologue
québécoise
Francine Descarries
commençait
ainsi: "J'aurais
bien aimé
débuter
ce bref exposé
en affirmant,
à l'instar
des propos
tenus récemment
par Sylvie
Chaperon dans
le Monde diplomatique
qu'au moment
de sa parution,
en 1949, Le
Deuxième
Sexe avait
"bruyamment
fait parler
de lui"
au Québec,
qu'il avait
causé
toute une
commotion
ou encore
que ses thèses
avaient été
discutées,
acclamées,
réfutées,
voire honnies.
Or il n'en
est rien.
Au contraire.
C'est un silence
orchestré
par les interdits
religieux
et un climat
intellectuel
figé
qui accueillera
l'oeuvre.
Bien sûr,
au fil des
ans, comme
dans plusieurs
autres pays,
Le Deuxième
Sexe sera
élevé
au rang de
p